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Nos alliés face au dérèglement climatique

par Louise-Océane Delion, biologiste marin et créatrice de contenu scientifique pour Koraï

Introduction

Nous faisons face aujourd’hui à une situation sans précédent : nos activités humaines et notre façon de vivre et consommer sur cette planète ont déréglé de nombreux équilibres naturels, menaçant à la fois notre survie, et celle de beaucoup d’autres espèces.

Le dérèglement du climat en est l’exemple parfait... L’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère dues aux activités anthropiques est inédite dans l’histoire de l’humanité. Les conséquences du dérèglement climatique se font sentir aux quatre coins du monde, notamment par des évènements climatiques extrêmes : sécheresse, inondations, feux de forêts, canicules, vagues de froid, ouragans etc.

Alors qu’il est plus qu’urgent de limiter dès à présent nos émissions de gaz à effet de serre (tel que le CO2), il est aussi vital que nous mettions en place des solutions pour à la fois atténuer et s’adapter aux impacts et conséquences du dérèglement climatique, et ce, dès maintenant.

Heureusement, nous avons déjà les clés en main. Nul besoin d’aller puiser dans la géo-ingénierie ou de se réfugier dans une théorie selon laquelle la technologie à elle seule nous sauvera, car lorsque l’on regarde devant nous, à ce que le monde vivant fait et est depuis des milliers d’années, nous pouvons y puiser les solutions dont nous avons besoin.

Un de nos meilleurs alliés pour à la fois atténuer et nous adapter aux effets du dérèglement climatique, c’est l’océan – et ce, pour plusieurs raisons. Dans cet article, nous nous intéressons plus particulièrement aux écosystèmes côtiers – les forêts de mangroves, les prairies d’herbiers marins et les récifs coralliens – et à leur formidable rôle pour nous aider à faire face à la crise climatique. Découvrez avec nous pourquoi ces écosystèmes sont nos meilleurs alliés et pourquoi il est urgent et nécessaire de les préserver et de les régénérer.

Une histoire de carbone

Le dérèglement climatique actuel est en partie provoqué par l’augmentation du carbone dans l’atmosphère, elle-même provoquée par nos activités humaines, gourmandes en ressources carbonées telles que le pétrole et le charbon.

Alors que le taux de carbone de l’atmosphère augmente, il est nécessaire de se demander comment renverser cette situation afin d’augmenter le taux de carbone dans le sol, à la fois en en captant/absorbant plus tout en le stockant/enfouissant sur une longue durée.

Dans ce cas, les forêts de mangroves et les herbiers marins deviennent des acteurs clés car ils sont considérés comme deux des écosystèmes qui captent et stockent le plus de carbone sur Terre.

Via le processus de photosynthèse, les palétuviers de la mangrove et les herbiers des prairies sous-marines captent du carbone à travers leurs branches, leurs troncs, leurs feuilles, leurs tiges…

Leurs racines recueillent également une quantité formidable de matière organique (feuilles, branches, animaux... et donc de matière carbonée) via le flux de l’eau. Cette matière sera ensuite enterrée et enfouie avec le reste des sédiments, bloquant une grande quantité de carbone dans le sol - potentiellement pour une durée de milliers d’années si ce sol n’est pas remué. Les mangroves et les prairies d’herbiers marins deviennent alors de véritables « puits » de carbone, pouvant stocker jusqu’à 2-4 fois plus de carbone que les forêts tropicales1.

Ces deux écosystèmes côtiers apparaissent donc comme deux de nos meilleurs alliés pour limiter et atténuer au maximum le dérèglement climatique, en captant et en stockant une partie de l’excès de carbone présent dans l’atmosphère.

S’adapter et se protéger

Les écosystèmes côtiers tels que les forêts de mangrove, les prairies d’herbiers sous-marins et les récifs coralliens sont également nos meilleurs alliés pour atténuer les conséquences du dérèglement climatique qui touchent directement les littoraux et les populations côtières.

En créant de la structure dans la colonne d’eau (coraux, herbiers) et à la frontière entre la mer et les zones habitables (mangroves), ces habitats réduisent l’énergie des vagues venant du large, réduisant leur impact sur les côtes : ils agissent comme des barrières naturelles. Ainsi, ces écosystèmes protègent les littoraux de l’érosion, des inondations, des ouragans, des tempêtes et d’autres évènements climatiques extrêmes – autant de phénomènes météorologiques qui augmentent comme conséquence du dérèglement climatique.

Prendre soin de ces écosystèmes pour notre survie

Face à l’ampleur de la situation climatique actuelle, il est plus qu’urgent de mettre en place des solutions pour limiter le dérèglement climatique tout en nous y adaptant.

Les écosystèmes marins tels que les forêts de mangrove, les prairies d’herbiers marins et les récifs coralliens apparaissent comme certains de nos meilleurs alliés pour à la fois atténuer le dérèglement climatique et y faire face. Leurs capacités à capter et stocker du carbone, tout en protégeant les littoraux des évènements climatiques, font d’eux des habitats essentiels au cœur de la solution.

Néanmoins, ces écosystèmes font également face à des pressions anthropiques sans précédent. Leur dégradation et disparition ne font que entraver leurs capacités naturelles à agir comme puits de carbone et comme barrières naturelles. C’est entre autres pour ces raisons là que nous devons continuer de protéger ces habitats et lorsqu’ils ont déjà été endommagés, les aider à se régénérer.


Bien que l'Afrique ait à peine contribué au changement climatique (elle n'est responsable que de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre), elle est le continent le plus touché par les effets du dérèglement climatique (hautes températures, sécheresses extrêmes, élévation du niveau de la mer, inondations…) avec de nombreuses conséquences pour les populations des pays africains qui doivent faire face à de plus en plus d’insécurité alimentaire, de stress hydrique et de déplacements forcé2.


Par exemple, bien que la pénurie d'eau affecte déjà de nombreuses personnes en Afrique (1 personne sur 3), le changement climatique et les sécheresses qui en résultent accentueront cette situation. Jusqu'à 230 millions d'Africains (16 % de la population) seront confrontés à une pénurie d'eau, et deux fois plus (430 millions - 32 %) vivront dans des pays soumis à un stress hydrique3.


Une autre conséquence dramatique est le nombre de personnes qui devront migrer à l'intérieur de leur propre pays pour trouver un nouvel endroit où les conditions de vie seront meilleures (ou moins mauvaises) en raison du changement climatique. En Afrique, plus de 105 millions de personnes seront contraintes de migrer, ce qui représente la moitié des migrations humaines mondiales dues au dérèglement climatique4.

Avec plus de 117,000 km2 de mangrove, d’herbiers marins et de coraux5, l’Afrique a aussi la capacité de participer à l’atténuation du dérèglement climatique à l’échelle globale, tout en protégeant de manière plus locale ses côtes, fortement touchées par les conséquences de celui-ci.

C’est exactement pour cela que Koraï existe : permettre la régénération des écosystèmes côtiers africains. Vous nous rejoignez ?




Réferences

2 Association, W., 2022. State of the Global Climate 2021, World Meteorological Association. Switzerland. https://policycommons.net/artifacts/2434625/1290_statement_2021_en/3456217/ CID: 20.500.12592/khwc9c.


3LA BANQUE AFRICAINE, DE DEVELO PP et BANKGROUP, AFRICANDEVELOPMENT. The Africa water vision for 2025: equitable and sustainable use of water for socioeconomic development. Economic Commission for Africa: Addis Ababa, Ethiopia, 2000.


4Clement, Viviane; Rigaud, Kanta Kumari; de Sherbinin, Alex; Jones, Bryan; Adamo, Susana; Schewe, Jacob; Sadiq, Nian; Shabahat, Elham. 2021. Groundswell Part 2 : Acting on Internal Climate Migration. World Bank, Washington, DC. © World Bank. https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/36248 License: CC BY 3.0 IGO.”


5Tregarot, E., Touron-Gardic, Gré., Cornet, C.C., Failler, P., Valuation of coastal ecosystem services in the Large Marine Ecosystems of Africa, Environmental Development (2020), doi: https://doi.org/10.1016/j.envdev.2020.100584


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